HISTOIRE D'UNE RESISTANCE
- 1675 : les paysans de Basse Bretagne se révoltent contre l'Etat Français qui vient de lever un nouvel impôt. Cette révolte nommée Révolte du Papier Timbré ou Révolte des Bonnets Rouges sera brutalement réprimée par les troupes françaises et des milliers de Bretons seront massacrés jusqu'en 1676
- Entre 1718 et 1720 une soixantaine de nobles Bretons, suivis par la population, s'unissent pour faire respecter le traité d'union avec la France de 1532. Le complot est déjoué et quatre des leaders sont exécutés, sans avoir bénéficié d'un jugement équitable. Parmi eux se trouvait Pontcallec, qui devint le sujet d'une célèbre chanson.
- En 1790, le Parlement de Bretagne, symbole de l'autonomie bretonne, est supprimé par les autorités françaises.
- Durant la guerre Franco-Prusse de 1870, une armée bretonne de 60,000 hommes est levée par l'état français pour "défendre la patrie". Mais craignant une rébellion, ces dizaines de milliers de soldats sont parqués à Conlie, près du Mans, dans la boue, sans nourriture, sans soins... Plus d'une centaine d'hommes mourront suite à ces mauvais traitements.
- A partir de la moitié du 19ème siècle, les instituteurs français ont pour mission de "tuer la langue bretonne" (extrait du discours d'un sous préfet du Finistère aux instituteurs locaux). Cette déclaration de guerre similaire à celle que fit Franco dans les années 30 aux langues catalanes et basques prit toute son envergure du début jusqu'à la moitié du 20ème siècle. Des panneaux "Interdits de cracher par terre et de parler breton" furent placardés dans les écoles de Bretagne et les élèves pris en train de parler dans leur langue maternelle étaient punis (port d'un objet dégradant, punitions corporelles...). Elevés dans une culture de la honte pour leur propre langue et culture, les Bretons se retrouvent forcés à abandonner leur identité linguistique pour le Français. Cela se traduit aujourd'hui par une chute colossale du nombre des Bretonnants. Les nouveaux bretonnisants se retrouvent souvent face à une situation où leurs parents ou grands-parents leurs conseillent de ne pas apprendre cette langue qui les a tant fait souffrir.
- En 1898 est fondé l'Union Régionaliste Bretonne, premier parti national breton, cherchant à faire respecter les droits de la Bretagne.
- Entre 1902 et 1903, plus d'une centaine de religieux bretons ne reçoivent plus de paye de l'Etat (l'Etat et la religion n'étaient pas séparés à l'époque) sous prétexte qu'ils enseignent le catéchisme en Breton, pourtant seule langue parlée par la majorité de la population locale.
- Les Bretons paient le plus chèrement l'hécatombe de la première guerre mondiale. Envoyés en première ligne, ils seront entre 130,000 et 240,000 à périr à la guerre, soit entre 22% et 44% des hommes mobilisés par l'état français.
- Entre 1831 et 1968, 1,136 millions de Bretons quittent leur terre natale pour fuir la misère et ce pays dont ils ont, grâce aux Français, une image négative. Jusqu'à la fin des années 70, les immigrés bretons sont utilisés pour tous les travaux dont les Français ne veulent pas (bonnes, éboueurs...), sont traités avec dédain et payés au lance pierre.
- En 1905 apparaît Bécassine "sotte, naïve, ignorante et maladroite, fidèle bonne à tout faire" (in Dictionnaire du Patrimoine Breton), un personnage de BD qui devient l'archétype de la Bretonne arriérée aux yeux des Français. Une représentation raciste qui fera énormément de dégâts auprès des Bretons et plus particulièrement auprès des immigrants bretons montés travailler à Paris jusqu'au début des années 80. Les journaux français de l'époque tiennent de toute manière un discours anti-bretons très prononcé, traitant la langue "d'idiome barbare" et de "charabia" et les habitants de l'Extrême Ouest de "bons à coloniser", "fanatiques", "tristes bateleurs" ou encore "antifrançais" - un dernier terme loin d'être négatif cependant à nos yeux !
- 1932 : l'organisation politique secrète Gwenn Ha Du fait exploser la sculpture dite de la honte représentant l'union à la France où l'on peut voir Anne de Bretagne agenouillée.
- Le Ministère de l'Intérieur interdit en 1939 la publication de "Histoire du Peuple Breton" de Maurice Duhamel, ouvrage historique offrant une approche non française de l'histoire de la Bretagne.
- 1961, après Pétain, qui avait déjà enlevé la Loire Atlantique de la Bretagne, Michel Debré ampute de nouveau le pays de cette région phare. Les Bretons sont actuellement plus de 65% à vouloir le retour de la Loire Atlantique à la Bretagne, avec une pointe de plus de 70% pour les habitants de Loire Atlantique.
- 1966 le sigle BZH est interdit de port, notamment sur les voitures.
- Cette même année apparaît le Front de Libération de la Bretagne qui fera raisonner sa colère - à coup de bombes - contre l'état français dans toute la Bretagne et la France durant les années 70 et 80
- L'association Skoazell Vreizh (Secours Breton) se monte pour venir en aides aux prisonniers bretons et à leurs famille. Skoazell Vrezih est toujours actif de nos jours et poursuit le combat.
- En 1977 plusieurs familles bretonnes montent l'association Diwan, dont le but est d'enseigner le Breton à l'école.
- Dans les années 70 et 80 des milliers de panneaux indicateurs routiers (noms de villes, de rues...) sont détruits afin de réclamer un affichage en breton ou du moins bilingue.
- Des nationalistes bretons sont actuellement incarcérés en France, sans jugement et - paradoxe - sans aucun respect des lois de l'Etat Français. La Ligue des Droits de l'Homme a déjà communiqué sur ses faits et en particulier sur les conditions de détention de certains de ces prisonniers qui nécessitent des soins médicaux urgents.
- L'Etat Français est le seul état européen à refuser de signer la Charte des Langues Minoritaires, refusant ainsi de facto de reconnaître l'existence des Bretons, Basques, Corses, Alsaciens... et de leurs langues.
- Des campagnes récurrentes de la part des médias français (Télérama, Charlie Hebdo...) tentent depuis plusieurs années de discréditer le mouvement national breton en essayant de faire passer le mouvement breton dans son entier comme d'extrême droite et collaborateur - en "oubliant" toujours de parler des nationalistes bretons qui luttèrent contre les nazis durant la seconde guerre mondiale et du fait que le mouvement actuel est résolument de gauche, anti-fasciste et anti-raciste.
- Selon un sondage IFOP/ Le Télégramme, 24 % des Bretons sont pour l'indépendance
Ces différents faits, parmi de nombreux autres (pour plus d'informations sur la répression en Bretagne avant le 20ème siècle, se rapporter à "Comment Peut-on Être Breton" de Morvan Lebesque, "Les révoltes bretonnes de 1675" de Y. Garlan / C. Nières...) sont symptomatique d'un ethnocide - la volonté d'un état de détruire une autre culture.
Alors que le comportement des colons européens aux quatre coins du monde (Amérique du Sud, Afrique, Asie...), de Franco en Espagne, du gouvernement chinois au Tibet, ou du gouvernement mexicain au Chiapas, bref d'états qui, par des moyens très divers ont tenté ou tentent encore de faire disparaître des cultures minoritaires, sont (ou ont été) bien heureusement montrés du doigt par les médias et de nombreux gouvernements, l'ethnocide breton est un sujet tabou qui n'est pas enseigné à l'école, qui ne bénéficie d'aucune étude écrite par des non-bretons et que le gouvernement français refuse toujours de reconnaître.
Cette autre "histoire de la France" dont les historiens, professeurs et chercheurs français ne semblent guère se soucier casse totalement l'image démocratique que la France s'est créée. Cela ne semble pourtant pas poser de problèmes pour le fameux pays des Droits de l'Homme de proclamer d'un coté que tous les hommes naissent libres et égaux et, d'un autre coté, d'essayer de réduire un peuple au silence.
La politique centraliste - jacobine - de l'état français n'a cessé, depuis le début du siècle, d'utiliser les Bretons pour ses bases œuvres (première guerre mondiale, main d'œuvre bon marché...) tout en s'efforçant de nier leur existence même.
Les militants de la cause bretonne ont, depuis les années 90, subis un renforcement de la répression à leur encontre. Incarcération prolongée sans jugement, campagnes de diffamation et d'intimidation, perquisition et arrestation brutale en plein milieu de nuit, destruction de matériel... Le harassement judiciaire ne semble que s'intensifier, sans qu'aucune "faute" ne puisse pour autant être reprochée aux militants incriminés. Voir en particulier "l'attentat" de Quévert où le mouvement Breton fut tout de suite mis en cause par tous les médias français, sans que jamais la moindre preuve ne puisse jamais venir soutenir ces accusations. De nombreux éléments, (relayés, avec beaucoup de retard, par Le Monde notamment) semble montrer que cette explosion mortelle ne serait peut-être pas sans rapport avec la police locale...